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Restaurer les vitraux Partie II

Rencontre avec Flavie Serrière Vincent-Petit, restauratrice diplômée à Troyes

15 février 2015

Zoom sur

Restaurer les vitraux Partie II

 

Après s’être confiée sur la restauration des vitraux civils exposés à Troyes en 2014, Flavie Serrière Vincent-Petit, restauratrice diplômée, revient aujourd’hui sur son métier.

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  • Quels sont les points fondamentaux à respecter lorsque que l’on est face à un vitrail à restaurer ?

 

Tel un médecin, le restaurateur doit établir un diagnostic afin de choisir le bon traitement. Pour cela, il y a plusieurs étapes à respecter :

 


Le constat d’état du vitrail : répertorier les altérations chimiques (verre, couche picturale), physiques (casse, solidité du réseau de plomb) et biologiques (champignons,…).

Résoudre les problèmes esthétiques : quelle déontologie appliquer à cette action spécifique ? Doit-on privilégier l’authenticité de l’œuvre, sa lisibilité ? (voir actualité précédente).

Résoudre les problèmes d’altération de la couche picturale. Certaines grisailles (peinture) sont plus sensibles que d’autres. Cela peut provenir de problèmes de cuisson de la matière ou bien d’ajout de lait au XIXe siècle donnant des grisailles poreuses. Le duelliste, exposé à la Cité du vitrail, en est un exemple. Le verre peut également s’altérer sans que la grisaille ne soit atteinte et vice versa.

 

 

 

 

 

 

 

  • Quelle est la liberté du maître-verrier face à la restauration d’un vitrail ?

Aujourd’hui, les métiers du verre sont bien distincts. Le restaurateur a une profession différente de celle de l’artisan verrier ou du vitrailliste. Il doit impérativement respecter une démarche déontologique et connaître les interactions entre les matériaux. Un restaurateur diplômé maîtrise la physique et la chimie des éléments. Lorsqu’une analyse chimique est nécessaire (protocole pour la restauration de la grisaille, …), le restaurateur peut faire appel au laboratoire de recherche des Monuments historiques.

Dans le cas d’un vitrail de musée, le restaurateur travaille étroitement avec le conservateur et peut ainsi le conseiller. Par ailleurs, chaque vitrail a ses propres problématiques. C’est pour cette raison qu’il n’existe aucun manuel « de recette » de restauration.

 

Le vitrail du duelliste avant, pendant et après restauration © Manufacture Vincent-Petit (Troyes)

 

 

 

  • Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans la restauration d’un vitrail ?

Ce que je préfère, c’est établir le constat d’état et la datation de chaque pièce. Restaurer un


vitrail est un travail très complet qui fait appel à divers savoirs : histoire de l’art, iconographie, histoire, geste artistique, physique/chimie, techniques anciennes et mécanismes d’altération. Par ailleurs, le vitrail est intimement lié à l’architecture. Il est ainsi contraint par la

fenêtre. Il permet cependant de travailler de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Enfin, le vitrail est un art qui n’a pas perdu son usage, c’est pourquoi j’aime beaucoup le concept de vitrail d’accompagnement. On peut l’inscrire dans notre époque et cela génère d’autres liens avec la création contemporaine.

 

 

 

  • Quelles émotions ressentez-vous lorsque vous restaurez un vitrail ?

J’ai la sensation d’une approche intime avec les peintres qui ont travaillé sur les vitraux que je restaure. Je me sens privilégiée devant la beauté des peintures réalisées par Jean Cousin par exemple. Je ressens beaucoup d’humilité devant le travail d’autres peintres sur verre qui ont pu réaliser par exemple des petites cigognes de 5 mm dans les baies hautes de l’église Saint-Martin-ès-Aires (Troyes). Elles sont donc quasiment invisibles pour l’observateur lambda. Il ne faut aussi jamais perdre de vue, en restaurant un vitrail, que d’autres personnes sont passées avant nous. Notre émotion doit pourtant être maîtrisée car elle ne doit pas perturber le geste afin de garder l’entière conscience de ce que l’on restaure.

 

 

 

  • Quels conseils donneriez-vous pour respecter au mieux le vitrail ?

Le meilleur conseil que je pourrais donner serait de ne pas toucher aux vitraux. Il ne faut surtout pas les nettoyer avec de l’eau ni risquer de gratter les peintures en passant une tête de loup pour retirer les toiles d’araignée. Si une personne observe des morceaux cassés, il est nécessaire de conserver tous les éléments, même les plus infimes, pour les apporter à un restaurateur diplômé. Il est très important de ne pas se lancer seul dans une réparation, même simple, au risque de causer davantage de dégâts. Par exemple, la silicone peut engendrer des liaisons irréversibles sur le verre. Mon conseil envers les collectivités, propriétaires de vitraux, est d’ordre plus général. La bonne conservation des vitraux dépend pour beaucoup de l’environnement. Le bâtiment et son entretien sont donc incontournables. Pour autant, il ne faut pas attendre pour restaurer un vitrail. Dès la moindre fissure, il est préférable de prendre contact avec un expert-restaurateur, qui saura conseiller sur les mesures à prendre à plus ou moins long terme.L’entretien et la restauration d’un édifice public n’est pas chose aisée. C’est pourquoi les assemblées d’élus doivent se montrer aussi motivées que patientes dans le montage de leurs projets. Elles doivent également être continuellement sensibilisées à leur patrimoine, afin de bien connaître et de savoir en parler.

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