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En savoir plus sur le vitrail

Vitrail et technique

Le vitrail ancien est un assemblage – d’après un dessin exécuté grandeur nature sur un carton – de morceaux de verre coloré dans la masse ou transparent. Après avoir été découpés, les morceaux de verre sont peints en grisaille (et plus tard, avec du jaune d’argent, de la sanguine puis des émaux). La fixation des peintures s’opère par une cuisson au four. Les morceaux de verre sont ensuite ajustés par grugeage (gruger : rogner le bord des verres à l’aide d’une pince dite grugeoir).

L’assemblage est réalisé par sertissage des morceaux de verre dans des baguettes de plomb qui sont profilées en U, les différents éléments étant soudés les uns aux autres avec de l’étain.

L’ensemble de la verrière est rigidifié par des barres en métal appelées barlottières. Fixées sur le cadre en pierre de la baie, celles-ci s’opposent aux risques d’enfoncement des vitraux par les vents violents.

À Troyes, au musée de Vauluisant (4 rue de Vauluisant), le « Cabinet de vitrail » propose la visite didactique d’une centaine de pièces de vitrail de petite taille, et met l’accent sur la technique et les outils du maîtres-verriers.

Commanditaires et maîtres-verriers

Vitrail de l'église de Berulle
Vitrail de l'église de Berulle - Donateurs. Les donateurs (ici, Anne de Bérulle) sont généralement représentés en bas des verrières, avec leurs enfants et leur saint patron. © Stéphane HerbertVitrail de l'église de Berulle - Donateurs. Les donateurs (ici, Anne de Bérulle) sont généralement représentés en bas des verrières, avec leurs enfants et leur saint patron. © Stéphane Herbert

 

 

Si les vitraux sont toujours des œuvres anonymes, il n’en est pas de même des commanditaires des XVe-XVIsiècles. Leurs armoiries figurent en bonne place dans les verrières. Ils se font aussi représenter en couple voire en famille, parrainés par leur saint patron. Les verrières sont offertes par les personnalités en vue : nobles, officiers royaux, ecclésiastiques, riches bourgeois, confréries, corporations…

À la lumière des archives, Danielle Minois, spécialiste du vitrail troyen des XVe-XVIsiècles, a démontré que l’iconographie n’était pas choisie par le commanditaire, mais par des ecclésiastiques, notamment les chanoines les plus érudits.

Les cartons : un fonds commun

Danielle Minois a également analysé l’organisation des maîtres-verriers qui, à Troyes, n’ont jamais été établis en corporation. Dans les années 1480-1550, période de commandes massives, les différents ateliers ne comptaient pas plus d’un ou deux aides. Pour mener à bien les chantiers, les maîtres-verriers troyens se sont associés, selon les besoins, adoptant la même stylistique. Les cartons utilisés pour réaliser les vitraux constituaient un fonds commun. Si les oeuvres ne sont jamais signées, les noms des maîtres-verriers sont connus, d’autant qu’ils représentent parfois des dynasties : Jean Verrat, Balthazar Godon, Lyevin Varin, Jean Macadré, Pierre Aillet, Jean Soudain…

Églises rurales : artistes troyens ou itinérants ?

Nombreuses sont les scènes de vitraux de Troyes reproduites, à l’identique ou presque, dans les églises rurales de Champagne méridionale, ce qui a longtemps laissé croire que les artistes troyens en étaient les auteurs. Danielle Minois n’en est pas convaincue : « C’est possible, mais l’absence de propriété des oeuvres, la mise en commun des cartons et la possibilité de recopier le dessin d’une verrière ouvraient la porte à d’autres peintres verriers de la région ou des régions voisines voire de Paris. »

Iconographie : les thèmes les plus répandus

Apocalypse, détail - Chavanges
Apocalypse, détail - ChavangesApocalypse, détail - Chavanges

Quelle que soit l’époque, l’iconographie des vitraux de l’Aube est d’abord centrée sur les grands thèmes de l’Ancien Testament, des Évangiles et des vies de saints. Au-delà des messages et des symboles religieux, les vitraux reflètent une époque et offrent de précieux témoignages sur les costumes ou les métiers. Quelques fois, les messages sont en lien avec l’histoire. Ainsi, des verrières du XIIIe siècle à la cathédrale évoquent la croisade et les reliques envoyées à Troyes après la prise de Constantinople, en 1204. Au XVIe siècle, certains vitraux illustrent la montée de la Réforme et le Concile de Trente.

Plusieurs thèmes sont particulièrement répandus et souvent traités selon un même modèle :

  • la vie du Christ, en particulier la Passion ;

  • la Vierge. Qu’il s’agisse de l’Assomption, de son enfance, de l’Annonciation, de la Passion ou de ses miracles, plus de 200 verrières lui sont consacrées ce qui traduit l’importance du culte marial en Champagne ;

  • l’arbre de Jessé qui symbolise les liens terrestres du Christ et son ascendance ;

  • la Création, dont les scènes sont extraites de la Genèse ;

  • l’Apocalypse ; Ici, l’Apocalypse, vers 1530-1540, église Saint-Georges, Chavanges (Aube).
    La composition des scènes, dont celle de la grande prostituée de Babylone chevauchant un animal mythique, est inspirée des gravures d’Albrecht Dürer. © J. Philippot

  • les saints du diocèse et de nombreuses représentations de sainte Barbe, saint Nicolas, saint Jean, saint Pierre, saint Martin, saint Étienne, saint Sébastien qui était imploré contre la peste, etc. ;

  • quelques thèmes plus rares : le miracle des Billettes (Bar-sur-seine, Lhuître, Riceys-bas, églises Saint-Nicolas et Saint-Nizier à Troyes), la Vision d’Auguste (Dosnon, Ervy-le-Châtel, Saint-Parres-aux-Tertres) et les Triomphes de Pétrarque (Ervy-le-Châtel).

Les peintres-verriers ont généralement utilisé des gravures pour modèles. Entre autres exemples, les vitraux figurant l’Apocalypse à Chavanges (1526) et à Chaource (1535) s’inspirent de l’œuvre d’Albrecht Dürer, parue entre 1496 et 1498.

 

Arbre de Jessé, début XVIe siècle, église de l’Assomption de la Vierge, Herbisse (Aube).

Arbre de Jessé, église d'Herbisse
Arbre de Jessé, église d'Herbisse © J. PhilippotArbre de Jessé, église d'Herbisse © J. Philippot

L’arbre de Jessé, qui présente la généalogie du Christ, est un des thèmes les plus répandus parmi les vitraux de l’Aube. D’une église à l’autre, il est parfois exécuté d'après les mêmes cartons. Ainsi, l’arbre de Jessé d’Herbisse est-il très proche de celui de l’église Sainte-Madeleine de Troyes, autrefois attribué à Jean I Macadré et posé entre 1494 et 1508. Jusque dans les églises rurales, on le voit, les peintres-verriers multiplient les prouesses techniques : les points blancs des habits et des joyaux sont obtenus par gravure sur verre.

Les vitraux civils

Vitrail - Nicolas de Lyre
Vitrail - Nicolas de LyreVitrail - Nicolas de Lyre

La majeure partie des vitraux qui ont traversé les siècles sont ceux des églises. Pourtant, les demeures aussi étaient décorées de verre peint. À Troyes, le vitrail civil, rare au XVe siècle, s’est répandu après l’incendie de 1524 pour se généraliser après 1550. Les vitres sont constituées d’abord de losanges de verre blanc reliés par un réseau de plomb. La forme carrée apparaît vers le milieu du siècle.

Les particuliers les plus fortunés font entourer leurs vitres de bordures très décorées et y font insérer leurs armoiries ou des scènes en grisaille et jaune d’argent. L’Aube conserve le vitrail que la tradition attribue à la chambre de la corporation des vignerons des Riceys. À Troyes, subsiste principalement la série de 45 pièces réalisées entre 1620 et 1624 par Linard Gontier pour la salle d’honneur de l’hôtel de l’Arquebuse (aujourd'hui transformé en résidence, au 43 rue de la Planche-Clément à Troyes). Ce sont de véritables miniatures peintes sur verre avec des émaux. Ces oeuvres représentent diverses scènes du règne de Louis XIII et d’Henri IV, en particulier son entrée à Paris en 1594 puis à Troyes en 1595. D’autres vitraux, également attribués à Linard Gontier, représentent des oiseaux.

Le rondel de Nicolas de Lyre, 1479-1480, Trésor de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Troyes (Aube).
Ce vitrail civil en grisaille et jaune d’argent est exposé à la Cité du vitrail. D’un diamètre de 18 cm, ce rondel faisait partie d’un ensemble qui ornait la bibliothèque des chanoines de la cathédrale.
© Jean-Marie Protte

Des vitraux, pour quoi faire ?

La vocation première du vitrail est d’obturer une baie. Mais les couleurs permettent aussi de « dramatiser l’architecture ». À chaque heure du jour, les vitraux révèlent les voûtes, les piliers, les statues sous une lumière nouvelle. Ils suscitent chez chacun, croyant ou non-croyant, le recueillement, la rêverie ou la méditation.

Eglise de Villenauxe-la-Grande
Eglise de Villenauxe-la-Grande © Pascal StrittEglise de Villenauxe-la-Grande © Pascal Stritt

 

 

Le vitrail a longtemps été comparé à une bible pour les illettrés. En réalité, il n’y a pas de sens de lecture constant. Pour comprendre l’histoire que relate une verrière, il faut la connaître déjà, ou savoir lire les inscriptions au bas des vitraux…

Dans une église, les vitraux offrent cette particularité de laisser pénétrer la lumière, sans jamais laisser voir l’extérieur. Ils définissent un espace entouré de chroniques lumineuses et d’images qui scintillent. Toutes sont à la gloire de la religion chrétienne. Toutes appellent le fidèle à oeuvrer pour le salut de son âme. « Le vitrail sert à magnifier le message. L’homme créait ainsi un lieu de lumière dans sa pensée, un lieu spirituel entre la terre et le ciel », commente Alain Vinum, maître-verrier à Troyes.

 

 

Le vitrail cistercien : incolore ou faiblement teinté

Le vitrail décoré a été banni de l’art cistercien par Bernard de Clairvaux. L’abbé, fondateur de l’abbaye de Clairvaux (Aube), estimait le décor néfaste à la prière, trop peu conforme à son idéal de dépouillement et d’austérité. Les vitraux cisterciens se limitent donc à des pièces de verre incolore ou faiblement teinté, enchâssées dans un réseau de plomb aux figures géométriques.