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Le Moyen Âge

Le vitrail est un art monumental qui s'apparente à la peinture. Il se caractérise par son éclat et sa préciosité. Il contribue à donner aux édifices religieux leur valeur symbolique. Les grands moments de l'histoire du vitrail sont étroitement liés à l'histoire de l'architecture et naturellement aux moyens financiers disponibles.

XIIe siècle : un unique vestige à Troyes

Vitrail XIIe - Ange encensant et deux apôtres
Le plus ancien vitrail de l'Aube : ange encensant et deux apôtres, vers 1170-1180. Prêt des Musées d'art et histoire de Troyes à la Cité du vitrail. © Pascal JacquinotLe plus ancien vitrail de l'Aube : ange encensant et deux apôtres, vers 1170-1180. Prêt des Musées d'art et histoire de Troyes à la Cité du vitrail. © Pascal Jacquinot

Aux XIIe et XIIIe siècles, le comté de Champagne brille de tous ses feux. Ses foires en font le carrefour européen du commerce et de la finance…

Au XIIe siècle, le comte de Champagne Thibaud II encourage la fondation de l’abbaye de Clairvaux (1115) par saint Bernard et favorise la fondation de celle du Paraclet par Abélard pour Héloïse (v. 1124). La fin du XIIe siècle correspond au règne du comte d’Henri le Libéral (1152-1181) et de son épouse Marie de France. Le comté s’enrichit de multiples monuments civils et religieux ; la cour de Champagne attire nombre de lettrés et d’artistes dont Chrétien de Troyes, l’un des premiers auteurs du roman courtois.

Du XIIe siècle, Troyes conserve un seul vitrail, acheté par la Ville en 1974 : Ange encensant et deux apôtres. Ce vitrail fait partie d’un ensemble de 18 panneaux datés des années 1170-1180 qui ont été dispersés au XIXe siècle par la fabrique de la cathédrale. Initialement, ils étaient posés à la cathédrale ou à la collégiale Saint-Étienne.
D’influence mosane, ils illustrent, pour des baies de petite dimension, avec une grande qualité picturale et technique, la tentation du Christ, la vie publique du Christ, la mort de la Vierge, la vie et les miracles de saint Nicolas. Les spécialistes ont réussi à les recenser dans des collections publiques et privées du monde entier. Ils sont exposés à la Cité du vitrail (Troyes), au musée de Cluny (Paris), au Victoria and Albert Museum (Londres) et au Metropolitan Museum of Art (New-York).

Le XIIIe siècle : d’un style à l’autre

Zacharie - St Urbain
Zacharie, vers 1270. Basilique Saint-Urbain, Troyes (Aube). Haut de plus de trois mètres, c’est l’un des plus célèbres vitraux de l’Aube. Habituellement peu accessible au regard, cette œuvre occupe une des baies hautes de l'une des plus remarquables architectures de la seconde moitié du XIIIe siècle © Flavie Vincent-Petit Zacharie, vers 1270. Basilique Saint-Urbain, Troyes (Aube). Haut de plus de trois mètres, c’est l’un des plus célèbres vitraux de l’Aube. Habituellement peu accessible au regard, cette œuvre occupe une des baies hautes de l'une des plus remarquables architectures de la seconde moitié du XIIIe siècle © Flavie Vincent-Petit

 

Le XIIIe siècle est celui de Thibaud IV, « le comte chansonnier ». Sous son règne (1201-1253) se poursuit activement la reconstruction de la cathédrale de Troyes après l’incendie de 1188. La pose des vitraux du chœur, entamée en 1200, s’achève en 1245. Le XIIIe siècle est aussi celui qui voit en 1261 un Troyen, Jacques Pantaléon, devenir pape sous le nom d’Urbain IV, lequel dote sa ville natale d’une basilique qui lui sera dédiée après sa canonisation. Les verrières, posées en 1272, sont alors considérées comme avant-gardistes.

Art monumental, le vitrail a évolué simultanément avec l’architecture. Quand celle-ci a permis d’édifier d’immenses et somptueuses cloisons de verre, le vitrail a atteint son apogée. La cathédrale de Troyes offre un panorama complet de l’évolution stylistique des vitraux, en particulier au XIIIe siècle. Mais ils constituent un patrimoine tellement fragile que, dès le Moyen Âge, ils ont nécessité des restaurations. Depuis, certaines baies ont été remplacées, d’autres ont été déplacées.

Arbre de Jessé, vers 1220
Arbre de Jessé. Vers 1220. Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Troyes (Aube). Au début du XIIIe siècle, les vitraux sont comme les baies : hauts et étroits, occupant une seule lancette. © J. PhilippotArbre de Jessé. Vers 1220. Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Troyes (Aube). Au début du XIIIe siècle, les vitraux sont comme les baies : hauts et étroits, occupant une seule lancette. © J. Philippot

1200-1250. Les baies sont, comme les lancettes, hautes et étroites. Les barlottières (armatures en fer) dessinent des formes géométriques. Chacune délimite une scène en verre peint encadrée par des fonds aux allures de mosaïques. À Troyes, les verrières du choeur sont réalisées entre 1200 et 1245. Les parties hautes constituent d’impressionnantes parois de verre, particulièrement lumineuses grâce aux baies percées au dessus du triforium ajouré (l’un des premiers de l’art gothique). Si les teintes éclatantes du verre coloré dans la masse caractérisent le vitrail champenois, le verre transparent, illustré de motifs géométriques à la grisaille et utilisé afin de mieux éclairer l’édifice, apparaît comme une autre spécificité au début du XIIIe siècle.

 

 

Baies 100, 101 et 102 - Saint-Urbain
Baies hautes - vue du choeur de la Basilique Saint-Urbain, Troyes (Aube) © Flavie Vincent-Petit Baies hautes - vue du choeur de la Basilique Saint-Urbain, Troyes (Aube) © Flavie Vincent-Petit

 

 

1250-1300. Les baies s’élargissent. Elles se répartissent en deux, trois, voire quatre lancettes. Des roses de plus en plus complexes apparaissent dans les parties hautes. La recherche d’une luminosité maximale aboutit à une nouvelle composition du vitrail qui sera très en vogue au XIVe siècle : des panneaux de couleurs s’associent au sein de grisailles claires. À Troyes, la basilique Saint-Urbain en offre un des premiers exemples avec ses vitraux posés en 1270 : les hautes silhouettes colorées de prophètes et de patriarches se profilent sur des grisailles ponctuées de filets de couleurs et entourées de larges bordures aux motifs héraldiques.

Le XIVe siècle et le jaune d’argent

Vitrail - Scènes de vendanges et saint diacre
Inventé au XIVe siècle, le jaune d’argent est largement utilisé les siècles suivants. La vigne et le vin. 1500-1525. Troyes, salle de réunion de la Société académique de l’Aube. Ce vitrail aurait orné la chambre de la corporation des vignerons à Ricey-Haut. Saint Vincent, dans un rondel central, est entouré de six éléments, tous peints avec verve : taille, ramassage des sarments, vendange, foulage du raisin, sarclage de la vigne et fabrication des tonneaux. L’ensemble est peint à la grisaille rehaussée de jaune d’argent. © Société académique de l’Aube

Après le mariage, en 1284, de la dernière comtesse de Champagne avec le futur roi de France Philippe le Bel, le XIVe siècle et la guerre de Cent Ans entraînent la Champagne dans un long siècle de calamités et de misères. À partir de 1359, les chantiers s’arrêtent pour ne reprendre que progressivement après 1450.

Dans le vitrail, le XIVe siècle est marqué par des innovations : la peinture sur verre introduit la perspective et la représentation des volumes et des lumières.

La peinture sur verre invente les fonds damassés, réalisés avec des pochoirs. Surtout, elle découvre le « jaune d’argent » ainsi appelé car sa préparation est à base de sels d’argent. Une tache initialement grisâtre devient après cuisson d’un jaune étincelant. Les teintes obtenues peuvent varier du jaune clair au jaune orangé. Le jaune d’argent s’utilise pour colorer un verre blanc en jaune ou modifier la tonalité d’un verre peint dans la masse. Il révolutionne les techniques de peinture sur verre. Parce qu’il permet un grand raffinement chromatique, il sera largement utilisé aux siècles suivants. Cette couleur permet d’alléger le vitrail, puisqu’elle s’applique directement sans le recours aux baguettes de plomb.