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L'Aube en Champagne, capitale européenne du vitrail

L’Aube en Champagne, capitale européenne du vitrail

L’Aube en Champagne peut légitimement revendiquer le titre de capitale européenne du vitrail. Depuis la cathédrale de Troyes jusqu’aux modestes églises rurales, le département présente en effet une collection de vitraux unique en Europe.

Nul autre territoire n’offre, à la fois, une telle abondance, une telle qualité, ni une telle densité.

Répartis dans quelque 200 églises, ses 9 000 m² de verrières offrent un panorama complet de l’art du vitrail du XIIe au XXIe siècles – avec une exceptionnelle représentation du Beau XVIe. Religieuses ou civiles, ces chroniques lumineuses, aux teintes chatoyantes et aux harmonies subtiles, résultent d’une longue histoire et d’un savoir-faire qui se perpétuent. L’art du vitrail reste très vivant à travers, notamment, deux entreprises de renom : Le vitrail Vinum et la Manufacture de Flavie Serrière Vincent-Petit.

Une exceptionnelle abondance

Un constat a été évoqué en 2005 par Frédéric Murienne, alors conservateur régional des monuments historiques à la DRAC Champagne-Ardenne : « 80 % des vitraux de ce monde se trouvent en France. 80 % des vitraux français sont au nord de la Loire. 80 % des vitraux du nord de la Loire sont en Champagne-Ardenne ; et 80 % des vitraux de la Champagne-Ardenne se trouvent dans l’Aube ».

Un autre chiffre confirme cette extraordinaire abondance : 9 000 m² de vitraux anciens sont recensés dans l’Aube. C’est la plus importante surface de France. À la quantité, s’allie la qualité : pour le seul XVIe siècle, 1 042 baies sont classées monuments historiques. Comme le précise Michel Hérold, « les très nombreuses verrières antérieures à la Révolution française, au nombre de plus de 1100, recensées dans 200 édifices, font de l'Aube le plus riche département de France en la matière avec la Seine-Maritime, sans compter l'important corpus légué par les ateliers des XIXe et XXe siècles. Cet impressionnant patrimoine offre un socle d’oeuvres considérable sur lequel la Cité du vitrail a l’intention de construire son assise. »

Une richesse attestée

« Le Conseil général de l'Aube a pris en 2011 la décision de créer à Troyes un établissement dédié au vitrail, fondant la légitimité de cette initiative sur la richesse exceptionnelle du patrimoine vitré conservé dans le département. »

Michel Hérold, directeur du comité français du Corpus vitrearum, centre André Chastel (Paris), président du Conseil scientifique de la Cité du vitrail.

Un patrimoine repéré dès le XVIIIe siècle

Pourquoi une telle richesse ? Lors des trois dernières guerres, l’Aube a certes moins souffert que d’autres départements des bombardements dévastateurs du nord de la France.

Cependant, déjà au XVIIIe siècle, son patrimoine vitré était qualifié d’exceptionnel. Pierre le Vieil, l’un des premiers historiens de l’art, le souligne dans L’art de la peinture sur verre et de la vitrerie paru en 1774 :
« Il n’est peut-être pas de canton en France qui renferme des vitres peintes aussi précieuses et en si grand nombre que la ville de Troyes en Champagne et ses environs ».

Une exceptionnelle densité

L’analyse de Pierre le Vieil reste d’actualité. La richesse de ce patrimoine est d’offrir un éventail de vitraux du XIIe au XXIe siècle, civils ou religieux, répartis dans plus de 200 édifices sur l’ensemble du département. Cette densité démontre la puissance de création des peintres verriers et la richesse des nombreux et généreux donateurs. Si la cathédrale de Troyes est à elle seule un conservatoire du vitrail présentant un panorama complet des styles du XIIIe au XIXe siècle ; si, à Troyes, toutes les églises concentrent des trésors de peinture sur verre, des verrières peintes, plus ou moins comparables, jalonnent l’ensemble du département de l’Aube, jusque dans les édifices religieux des plus petites communes.

Un art toujours vivant (restauration et création)

Dans l’Aube, la peinture sur verre reste un art vivant dont la pratique s’exerce au quotidien, qu’il s’agisse de restauration du patrimoine ancien ou de création. Plusieurs édifices, civils et religieux, se parent ainsi de vitraux contemporains. Le département s’enorgueillit de posséder deux entreprises de grand renom :

  • Le Vitrail Vinum, un atelier de maître verrier, spécialisé dans la restauration des vitraux anciens depuis quatre générations,
  • La Manufacture de Flavie Serrière Vincent-Petit, restauratrice-conservatrice et créatrice.

Alain Vinum, maître-verrier à Troyes

Alain Vinum
Alain Vinum © D. Guy

 

« Dans l’art du vitrail ancien, il n’y a pas de savoir-faire perdu », confie Alain Vinum, quatrième génération de maîtres-verriers au sein de l’atelier familial troyen. Lui aurait volontiers opté pour la création, comme en témoigne, à Troyes, la chapelle Saint-Joseph, parée d’une de ses oeuvres. Mais une priorité s’est imposée à lui : « Dès qu’un morceau de vitrail tombe, c’est une parcelle de patrimoine qui disparaît. Nos verrières sont des œuvres d’art fragiles et de plus en plus dégradées ». Alain Vinum a restauré nombre de verrières dans l’Aube. Et bien  au-delà. De 2006 à 2012, Strasbourg lui a confié plusieurs tranches de restauration des vitraux de sa cathédrale.

L’innovation dans la restauration

Alain Vinum appartient à la génération qui a développé une nouvelle réflexion scientifique et technique de l’approche de la restauration et de la protection du vitrail en tissant des liens avec les laboratoires et les historiens. En 1986, il a été l’un des premiers à expérimenter, sur une verrière du XIIIe siècle de la cathédrale de Troyes, une méthode de prévention désormais systématique. Elle consiste à reposer une verrière restaurée en avant d’une autre vitre. Cette verrière de protection assure l’obturation de la baie. La verrière ancienne peut ainsi bénéficier d’une restauration plus poussée, et être maintenue in situ tout en étant doublement protégée. Sa face externe est préservée des intempéries et de la pollution. Sa face interne est préservée de la condensation par un espace assurant une ventilation. Comme le rappelle le maître-verrier, « l’eau est le plus grand ennemi des vitraux. »

La Cité du vitrail, un « outil »

Que l’Aube crée une dynamique scientifique, technique et culturelle à partir de son vitrail, c’est une initiative et une évidence pour laquelle Alain Vinum se bat depuis 40 ans. « Qu’on le veuille ou non, l’Aube est le premier département de France en surface de vitraux et de vitraux classés. La Cité du vitrail, il ne la voit surtout pas comme un musée mais comme un outil servant à faire connaître notre patrimoine, à le défendre et à le protéger. » Pour lui, la Cité du vitrail doit « sensibiliser le public aux évolutions de la restauration, faire progresser encore la restauration grâce à des rencontres avec les chercheurs étrangers, et créer un lieu phare au niveau européen. »

Flavie Serrière Vincent-Petit : toutes les facettes du vitrail

Flavie Serrière Vincent-Petit
Flavie Serrière Vincent-Petit (Photo D. Guy)

« Une cloison qui tire son effet de la translucidité de son support et dont le matériau principal demeure jusqu’à présent le verre ». Cette définition du vitrail par l’historien Jean Lafond, Flavie Serrière Vincent-Petit l'a fait sienne « parce qu’elle est large, qu’elle n’exclut rien : ni le claustra mérovingien en feuille d’albâtre ni le vitrail contemporain ».

Conservatrice-restauratrice-créatrice

Authentique passionnée, cette historienne a découvert l’art du vitrail avec André et Alain Vinum, maîtres-verriers à Troyes. Depuis, elle n’a pas cessé de chercher à comprendre le pourquoi et le comment des techniques de peinture sur verre. Elle s’est plongée dans la chimie pour obtenir son diplôme de conservateur-restaurateur des biens culturels. Puis, elle a approfondi sa formation avec un master « Verre, design et architecture » bouclé à Nancy en 2010. De la restauration, Flavie Serrière Vincent-Petit maîtrise les savoir-faire. Elle a travaillé avec Alain Vinum à la restauration, entre autres, des vitraux des cathédrales de Troyes et de Strasbourg.

La création pour préférence

Flavie Serrière Vincent-Petit ne cache pas sa préférence pour la création. Par sa formation, elle sait, mieux que personne, mêler création et restauration. L’église Saint-Ferréol de Villeret (Aube), dont la restauration s’est achevée en 2012, en est une remarquable illustration avec ses « vitraux d’accompagnement ». Abstraits, résolument contemporains, ces derniers n’en traduisent pas moins la volonté de recréer la même atmosphère que les vitraux initiaux du XVIe siècle.

Restaurer un vitrail : un art complexe

Tout commence avec l’analyse des dépôts qui se sont accumulés sur les vitraux. Cette analyse s’effectue en laboratoire, à la loupe binoculaire et au microscope optique. Quand le diagnostic est posé, commence le traitement : un nettoyage, principalement chimique, avec des produits préservant la peinture sur verre. La restauration passe aussi par une fixation des grisailles qui ont tendance à s’écailler. Restaurer, c’est aussi changer les plombs - souvent très altérés - et reconstituer les lacunes. Restaurer, c’est encore améliorer la lisibilité d’un vitrail en enlevant tous les « plombs de casse » pour leur substituer des colles. Cet allègement du vitrail est rendu possible grâce aux verrières de protection. Après reprise des maçonneries des baies, après consolidation des barlottières (barres), la repose de la verrière peut s’opérer.